
Alors qu’on pensait ce diktat esthétique révolu avec l’émergence du mouvement body positive, les idéaux semblent repencher vers les corps filiformes, en témoignent les derniers défilés ou encore le rebranding de la marque Pretty Little Thing.
Preuve supplémentaire, s’il en fallait, deux nouveaux filtres d’intelligence artificielle, "chubby filter" et "skinny filter". Ces deux filtres modifient l'apparence des utilisateurs pour les faire paraître plus gros ou plus minces. De nombreux créateurs de contenu sur TikTok ont dénoncé cette tendance, la qualifiant de grossophobe, de stigmatisante pour le corps et de dangereuse. À tel point que TikTok a fait retirer le filtre "chubby" le 21 mars. Mais le mal est déjà fait.
Les personnes minces qui utilisent le "chubby filter" ont accumulé des dizaines de milliers de likes, avec des légendes telles que : "Pff, je n’aurais pas dû prendre à emporter hier soir" ou "Moi, si je ne vais pas à la gym". Le filtre minceur suit la même logique. Une utilisatrice écrit : "Voir comment je serais mince pour me motiver". Dans les commentaires ? "De 3/10 à 10/10" et "Le potentiel". Dans les deux cas, la minceur est présentée comme l’objectif ultime.

Il ne s’agit pas d’une simple tendance TikTok. C’est le symptôme d’un problème plus vaste, qui continue de faire des gros corps une mise en garde, tout en célébrant la minceur, notamment sous le hashtag #skinnytok qui inquiète. La créatrice de contenu Jess King met en garde contre ce phénomène, soulignant que le filtre "chubby" n’est qu'une manière à peine voilée de se moquer d’un type de corps qui ne correspond pas aux normes de beauté de la société. "Se moquer des gens pour leur apparence ne vous rend pas cool, drôle ou sexy, juste pour que vous le sachiez", a-t-elle fait remarquer dans une vidéo TikTok.
Du body positivisme à l’ère Ozempic, il n’y a parfois qu’un pas. Ce retour aux années 2000 et à l’injonction à la maigreur nous rappelle que l’inclusivité est loin d’être acquise dans notre société. Bref, la minceur et la diet culture ne sont jamais vraiment parties, elles étaient juste mal cachées derrière l’esthétique BBL ou "slim thick".
Loin d’être un simple amusement viral, l’existence de filtres IA modifiant le corps renforcent et perpétuent des idéaux néfastes. Ces outils façonnent l’image que les gens ont d’eux-mêmes, celle qu’ils ont des autres, et ce qu’ils considèrent comme "désirable". "Cette tendance est néfaste et peut provoquer des troubles alimentaires", rappelle, en commentaire, un utilisateur sur TikTok. Interrogée par la BBC, le Dr Emma Beckett, spécialiste de l'alimentation et de la nutrition, va plus loin estimant que cette tendance constitue "un énorme pas en arrière" en matière de stigmatisation du poids.