On se demande bien ce qui a pu passer par la tête du réalisateur de ce clip glauque et déplacé. En l’occurrence James Lima, qui a été engagé par la revue britannique « Love Magazine » pour mettre en scène la nouvelle collection Louis Vuitton en marge de la Fashion Week parisienne. La vidéo est un court-métrage d’ambiance, où l’on retrouve trois des mannequins ayant défilé quelques jours plus tôt pour la célèbre maison française. Cara Delevingne, Georgia May Jagger ou Saskia de Brauw portent des perruques noires, comme lors du défilé, elles sont quasiment nues sous un trench ou une fourrure et elles font le trottoir. Dans des positions lascives, elles accrochent le client qui s’approche en berline noire. Une bretelle tombe, un regard aguiche. On n’a rarement vu des prostituées aussi glamour, et une réalité aussi mal maquillée…
Mais le plus grotesque est à venir, lorsque d’une scène de rue nocturne on passe à l’effervescence des coulisses du défilé Vuitton. La même Cara Delevingne se retrouve entre les mains du maître de la maison Vuitton, Marc Jacobs, dans un pyjama rouge… Elle monte sur scène et le spectateur ne se doute pas qu’elle est fraîchement débarquée d’un trottoir. Drôle de message : « femme-objet tu étais, et femme-objet tu resteras ».
Choquant, le film n’a pas manqué de faire réagir. L’association Osez le féminisme dénonce dans les colonnes du Parisien une « glamourisation » de la prostitution. « C'est une vidéo dérangeante, car elle associe deux univers totalement différents : celui raffiné de la couture et celui beaucoup plus violent du marché sexuel.» En réponse à la polémique, la maison Vuitton s’est contentée de faire savoir que la vidéo n’était pas une commande mais une initiative de « Love magazine ».
Alors que la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, s’est engagée à s’attaquer à la racine du mal en prônant l’abolition, ce genre d’images vient relancer le débat d’une prostitution un peu trop banalisée voire érotisée dans le cinéma et les séries. Et si la violence devient une esthétique pour le marketing, doit-on craindre de voir des femmes amochées sur les podiums des défilés l’an prochain ?
Le clip réalisé pour Love Magazine
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