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Un procès pour pédocriminalité d'une rare envergure.
Depuis le 24 février au tribunal de Vannes, l'ancien chirurgien Joël Le Scouarnec est jugé pour viols et agressions sexuelles aggravées sur 299 victimes. Les faits se seraient déroulés de 1989 à 2014 dans une dizaine d'hôpitaux de l'ouest de la France, et la majorité des femmes étaient mineures au moment des faits. L'accusé aujourd'hui âgé de 74 ans encourt jusqu'à 20 ans de prison.
On racontait récemment l'affaire dans cet article : 300 victimes, 6 ans d'enquête, plus de 20 ans de viols et d'agressions sexuelles : le procès de Joël Le Scouarnec, ou "l'autre Dominique Pelicot"
Aux abords du tribunal, le 25 février, Amélie Lévêque-Merle, l'unique victime à avoir accepté de témoigner à visage découvert, s'est confiée au média Brut.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux de la chaîne le 25 février, elle témoigne : "J'ai été violée en salle de réveil en 1991 à la clinique de la Fontaine de Loches." Si les faits remontent à 34 ans, Amélie Lévêque-Merle a toutefois réalisé ce qu'il lui était arrivé seulement il y a cinq ans.
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Je l'ai découvert en 2019 à la lecture d'un journal où j'ai reconnu mon histoire. J'ai remonté le fil des événements avec mon médecin et mon avocate et j'ai eu confirmation que j'étais bien dans les carnets de Joël Le Scouarnec.
Il y a eu aussi une espèce de réponse à des questions. (...) J'avais une phobie des aiguilles, du milieu médical, beaucoup de passages dépressifs, beaucoup de problèmes alimentaires, la peur d'être seule...
La découverte a eu un véritable impact psychologique sur la cinquantenaire : "Il faut digérer la nouvelle", admet-elle en expliquant avoir fait face à une "grosse dépression". "On ne sait plus trop où on habite, ni ce qu'on a à faire là, et puis on se reconstruit avec une thérapeute et quelques médicaments avalés." Alors que le procès de son agresseur présumé vient de commencer, Amélie Lévêque-Merle semble dans un état d'esprit déterminé : "j'ai fait un bon travail sur moi-même, aujourd'hui je suis là et je suis prête", affirme-t-elle.
Qu'attend-elle de ce procès ? "D'être reconnue en tant que victime", confie-t-elle à Brut.
"Je n'attends pas grand chose de Le Scouarnec même s'il nous a fait un petit discours hier. Il nous a demandé pardon, il nous a fait ses excuses", relate-t-elle. Au premier jour de l'audience, l'ancien chirurgien a en effet reconnu la majorité des faits qui lui sont reprochés, avant de déclarer :
J'ai commis des actes odieux. Je leur dois, à toutes ces personnes, à leurs proches, d'assumer la responsabilité de mes actes et les conséquences qu'elles ont pu avoir et qu'elles auront tout au long de leur vie.
Enfin, Amélie Lévêque-Merle dit attendre les déclarations de la femme de l'accusé : "Elle a des choses à nous dire, on attend qu'elle parle elle aussi. On a appris qu'elle savait."
Le procès doit durer jusqu'au mois de juin 2025.