Monde
En Birmanie, le "vagin" n'existe pas
Publié le 3 novembre 2015 à 15:06
Par Ariane Hermelin | Journaliste Terrafemina
En Birmanie, le tabou entourant l'anatomie féminine est tel qu'un journal a fait scandale récemment en utilisant le mot "vagin" dans un article en anglais. Malgré cette omerta, des associations féministes se battent pour donner des cours d'éducation sexuelle aux Birmanes, provoquant l'ire des extrémistes bouddhistes.
Des jeunes femmes birmanes Des jeunes femmes birmanes© Getty Images, Marka
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En Birmanie, il n'y a pas de vagins. En effet, ce mot n'existe pas en langue birmane, une omission qui illustre le tabou au sujet du corps de la femme dans ce pays très en retard en matière d'égalité hommes-femmes mais aussi d'accès aux soins.

C'est ainsi que, comme le rapporte le Guardian, un journal a suscité l'indignation de ses lecteurs, choqués par l'apparition du mot "vagin" en anglais dans un article. L'auteure du texte a même reçu des messages lui indiquant que sa réputation était perdue à jamais. En effet, le sexe féminin est considéré comme honteux ou sale en Birmanie, au point que la seule expression acceptée en birman pour le désigner est une périphrase vague signifiant peu ou prou "le corps d'une femme".

Ce tabou n'est pas uniquement linguistique. Ainsi, les femmes doivent faire en sorte que les vêtements qui ont été en contact avec leurs parties génitales, a fortiori pendant leurs règles, ne soient jamais suspendus dans un endroit sous lequel des hommes pourraient passer : la croyance veut que les linges souillés par le sang menstruel aient le pouvoir de voler aux hommes leur virilité.

De plus en plus d'associations féministes tentent de combattre ces visions archaïques des femmes et de leurs règles en organisant des ateliers d'éducation sexuelle et en sensibilisant les Birmanes aux droits des femmes. Mais ces initiatives ne sont pas sans déplaire aux extrémistes bouddhistes du mouvement Ma Ba Tha qui ont récemment oeuvré pour la mise en place de nouvelles lois destinées à contrôler la population. Pis, les quelques activistes qui ont osé dénoncer ces législations réactionnaires ont été présentées comme des "ennemies du bouddhisme et de la Birmanie".

Une militante en vue qui s'est opposée publiquement à ces lois a ainsi confié au Guardian, sous couvert d'anonymat, être devenue une véritable cible pour le Ma Ba Tha : son nom a été placardé avec celui d'autres femmes dans des monastères et toutes ont reçu des menaces de mort anonymes. Elle met en garde contre les actions qui pourraient être menées au moment de la première élection nationale, prévue pour le 8 novembre.

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