
"Pour jouer une femme de 40 ans, ça engage une actrice qui en a 30 !"
C'est un constat cinglant que décoche dans sa dernière interview une formidable comédienne, Anne Dorval. La Canadienne est connue du public francophone pour sa stature d'égérie hyper charismatique au sein du cinéma de Xavier Dolan - notamment dans son acclamé Mommy. Mais les férus de galéjades vénèrent également Dorval pour sa partition réjouissante dans Le coeur a ses raisons, évidemment.
Et Anne Dorval, ce n'est pas simplement une carrière aussi exigeante qu'exemplaire, entre comédies et drames primés, c'est aussi un engagement féministe. Qu'elle revendique avec sa prose acérée. Notamment quand elle tacle l'âgisme qui sévit dans l'industrie du cinéma. Invisibilisation, exclusion des actrices une fois la quarantaine passée, la star passe tout au crible...

Avec une ironie mordante.
"Le show biz peut être très cruel, vraiment"
Anne Dorval ne mâche pas ses mots. Mieux encore, elle partage un regard précis et empli d'humour sur le monde du cinéma.

Notamment quand elle dit dans cette interview que nous vous partageons plus bas : "Non seulement on engage des femmes de 30 ans pour jouer des personnages féminins qui en ont 40, et en plus, cette actrice va faire la blonde d'un acteur de 65 ans !". On pourrait en rire même si la chose prête plutôt à en pleurer.
Et Anne Dorval a raison, la preuve dans cette enquête signée Terrafemina, où l'on s'est interrogé sur cette règle tacite dans les films : les actrices sont toujours plus jeunes que leurs partenaires à l'écran, au sein des comédies, des films d'action, des romcom. Voire même, beaucoup plus jeunes. Ca se compte sur une décennie, 20 ans en moyenne, parfois 30. Certains acteurs sont en couple (fictionnel) avec ce qui pourrait être leur fille.
La comédienne poursuit...

"Et pour une femme sexagénaire, ils vont évidemment prendre une actrice de 38 ans. Qui a une mèche grise !", ironise-t-elle encore avec beaucoup de dérision. Hélas, la chose ressemble à un hyperbole, et pourtant, on a bien souvent constaté ce refus absolu de représenter les femmes sexas, et plus, en leur prêtant les traits de comédiennes du même âge. Culte du jeunisme, préjugés tenaces sur le glamour...
"Passé 60 ans, ils mettent juste des lunettes sur une pile de linge pas repassé et personne ne voit la différence", s'amuse encore l'interprète célébrée à Cannes. C'est aussi ça, la fameuse suspension d'incrédulité chère au septième art - l'art de nous faire passer des vessies pour des lanternes.
Ou bien, allez savoir, c'est peut être juste du sexisme.