






Buffy contre les vampires, Gossip Girl...
Mais aussi, un chef d'oeuvre dévastateur de Gregg Araki (Mysterious Skin, où elle côtoie Joseph Gordon Levitt et l'actuel cinéaste de The Brutalist) et quelques fortes performances trop méconnues sur les écrans. Michelle Trachtenberg, c'était tout cela : une insouciance apparente dissimulant mal une mélancolie tenace, un look hyper nineties, un visage culte de la culture séries (et de la pop culture tout court) des années 90, à l'instar des regrettés Luke Perry et Shannen Doherty.
L'actrice vient de nous quitter à seulement 39 ans.
Et ce drame aussi soudain que brutal éveille quelques interrogations, alors que ses derniers selfies avaient pu engendrer un nombre conséquent de commentaires de la part de ses fans sur Instagram. Les internautes jugeaient effectivement sa silhouette bien trop amaigrie, son état physique "inquiétant". On l'avait abordé ici.
Fort logiquement, beaucoup rappelaient aux malotrus le respect nécessaire et l'indécence à commenter, systématiquement, le physique des femmes. Et cette réflexion prend une tournure plus cinglante au lendemain de l'annonce du décès de Michelle Trachtenberg. Car cette situation, cette médiatisation, en rappelle une autre, toute aussi sensible, qui résonne aujourd'hui : le cas Ariana Grande.
Cela fait de longs mois, au moins depuis les prémices de la promo de la comédie musicale oscarisable Wicked, qu'Ariana Grande est effectivement apparue sous un nouveau jour aux yeux de ses fans : sur les réseaux sociaux, le moindre de ses tapis rouges engendre quantité de remarques sur sa silhouette jugée beaucoup trop frêle. Des commentaires similaires à ce que l'on trouvait sur les réseaux sociaux de la star regrettée de Buffy contre les vampires.
Si le sexisme ordinaire subsiste, et que le body shaming s'exprime - cette manière de commenter le physique des femmes, d'y apposer notes, jugements, culpabilité - un sentiment grandissant s'exprime majoritairement dans ces remarques : une inquiétude vraisemblablement très sincère concernant la santé de la star. Les rumeurs déferlent alors, sans forcément tenir compte de la personne au bout du portable. Troubles de l'alimentation, maladie, les théories s'énoncent entre les lignes et les tabloïds en font leurs choux gras.
Conclusion : ces remarques sont, à l'identique, déplacées.
Le body shaming prend place dans un contexte où des détails éventuels de la situation médicale de la personne concernée, de son état de santé, sont inconnus. Ce qui rend le phénomène d'autant plus outrageant. Car il n'est pas sans conséquences directes sur un autre aspect : la santé mentale des stars concernées - la plupart du temps, des femmes.
"J'ai entendu toutes les versions de ce qui ne va pas chez moi de la part des internautes, depuis des années, puis quand vous le réparez, ce quelque chose, c'est pire pour différentes raisons. Il est difficile de se protéger de ce bruit, celui des réseaux sociaux. C'est quelque chose de dérangeant et d'horrible", avait d'ailleurs l'an dernier témoigné Ariana Grande elle-même.
A GLAMOUR, Grande poursuit : "Il y a une certaine aisance que nous ne devrions pas avoir, du tout, à commenter l'apparence des autres, ce qu'ils pensent de ce qui se passe « dans les coulisses » ou leur santé ou la façon dont ils se présentent, de ce que vous portez à votre corps, à votre visage et à tout ce que vous faites. Les gens se sentent à l'aise de commenter cela, ce qui, à mon avis, est vraiment dangereux, et je pense que c'est dangereux pour toutes les parties concernées".
Tout est dit, non ?
C'est également ce qui est apparu au fil des commentaires ponctuant les publications de Michelle Trachtenberg. Alors que beaucoup venaient apporter amour et soutien à la jeune actrice, d'aucuns partageaient leurs préoccupations très concrètes à l'égard de son état physique et s'interrogeaient sur sa situation médicale. "Je ne suis pas un hater mais quelque chose ne va pas chez elle", "Tu vas bien ?", "Il ne faut pas hésiter à demander de l'aide", s'alarmaient ainsi des internautes vraisemblablement bien intentionnés. Précisons que pour l'instant, les causes de la disparition de Michelle Trachtenberg n'ont pas été révélées.
Ce qui suscite cependant une vraie réflexion : où se situe la frontière entre body shaming et expression maladroite d'une forme d'empathie, venue cependant réduire une personnalité à son physique ? Voir des internautes commenter en méconnaissant totalement la vie personnelle de la personnalité en question provoque à l'unisson quelque chose de profondément dérangeant.
Les "Mais t'es médecin ?", ponctuent d'ailleurs les "verdicts" et observations en amateur de certains internautes, dans les semaines précédant le décès de l'actrice.
Cela questionne également la place souhaitée ou imposée des fans par rapport à leurs idoles. Ces derniers souhaitent une forme de proximité à la fois attentionnée et invasive avec les personnalités dont ils commentent le moindre fait et geste, quitte à extrapoler. S'interroger à ce point sur la santé d'une star permet-il d'esquiver le réflexe sexiste consistant à commenter naturellement le physique d'une femme ?
Alors que des stars comme Blake Lively en viennent à partager leurs hommages, l'heure semble être au recueillement mais aussi, à l'introspection, pour bien des fans stupéfaits par cette annonce.