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Plus jamais de nu pour Demi Moore ?
Alors que l'actrice sexagénaire s'est dévoilée comme rarement dans The Substance, comédie noire et féministe qui peut s'envisager comme une vaste et féroce farce sur le "male gaze" - ou une réécriture savoureuse du mythe de la sorcière façon body horror, ou bien les deux ! - celle qui pourrait tout à fait remporter l'Oscar dans une poignée de semaines affirme désormais dans la presse son "burn out" des scènes de sexe et de nudité. Il se pourrait bien que l'actrice tire un trait sur ces séquences.
C'est une source qui le raconte au Daily Mail : "Beaucoup de scénarios de projets éventuels lui demandent de se dévoiler nue à nouveau, mais elle n’est pas sûre de vouloir le refaire... Demi pense qu’il arrive un moment dans la vie d'une actrice où il faut simplement dire non"
"Le fait est qu’elle a été très courageuse de le faire à la soixantaine avec cette scène de The Substance, mais c’était pour un projet auquel elle croyait à 100 %. En même temps, elle se sentait très vulnérable. Il est peu probable qu’elle le fasse à nouveau, malgré le fait qu’elle soit très fière de son corps". Plus de scènes de nu donc.
Après une dernière cependant, très marquante...
Dans The Substance, Demi Moore se met effectivement à nu.
Son alias à l'écran, star de cinéma devenue vedette has been d'émissions d'aerobic (oui), doit passer la main à la nouvelle génération. Au chômage et totalement isolée, elle finit dans son immense appartement hollywoodien par tester une étrange substance lui promettant jeunesse éternelle. Enfin, d'une certaine manière...
Et de là découleront fulgurances horrifiques, détails très organiques, dépersonnalisations diverses auréolées d'un humour noir tranchant, entre autres séquences chocs qui invoquent aussi bien Cronenberg et Robert Zemeckis que Brian Yuzna... Mais ce qui sidère plus l'oeil, en vérité, ce sont les scènes les plus intimistes, par ce qu'elles expriment de ce personnage féminin.
Comme cette scène de nu, donc. Ou le personnage de Elizabeth Sparkle se regarde dans le miroir, en tenue d'Eve, dans une lumière blanche très crue - comme le fera son "double" interprété par Margaret Qualley dans les séquences postérieures.
Ce qui serait vulgairement qualifié de "full frontal" prend dans The Substance une tournure dramatique, émotionnelle. Demi Moore se dévoile donc, entièrement nue, face à un miroir, à 62 ans. Chose rare au sein d'une production (plus ou moins mainstream). Elle s'admire, ou plutôt, se regarde, avec un point de vue très critique, amer, impitoyable. Aucun dialogue ne vient le détailler, mais on le comprend. Des plans très physiques mais emplis d'une vraie intensité psychologique.
"J'ai ressenti une certaine libération à me dénuder", explique Demi Moore elle même dans les pages du New York Times. "C'est une séquence qui ne nécessitait pas de ma part d'être parfaite.. Oui je peux clairement me dire durant cette scène : mon cul est affreux !... Mais vous savez quoi, ça ne me dérange pas"
Alors que le film témoigne d'un rythme trépidant, qui palpite sur les beats de l'hyperpop, cette scène là a tout d'une introspection, méditative et bouleversante. En tant que spectateur, on a conscience d'assister à un moment inédit dans la carrière d'une comédienne revenue d'une longue traversée du désert.
Un nu de galerie d'art, donc.
Mais surtout, un nu comme manifeste féministe : démonstration d'une intention anti âgiste déjà, avec ce désir de la part de la cinéaste Coralie Fargeat de mettre en lumière les corps d'actrices dites "vieillissantes". Quinquas, sexas... Et ce alors qu'il y a 20 ans, Demi Moore récoltait des remarques désobligeantes pour s'être contentée d'assumer son corps et son sex appeal en bikini à 40 ans (apparemment, une date limite pour Hollywood), dans une scène demeurée mythique de l'inénarrable Charlie's Angels 2. Rappelez-vous.
On la juge alors "trop vieille pour être sexy en bikini".
Ambition intime et politique ensuite : redonner à Demi Moore le contrôle de cette nudité si souvent instrumentalisée par l'industrie.
Des magazines aux photoshoot sexy en passant par les séquences les plus hot de sa carrière... Jusqu'aux exercices de promos qu'on revoit aujourd'hui avec une certaine migraine. Comme cette venue sur le plateau de David Letterman où, il y a trente ans, Demi Moore se lançait dans un effarant... Strip tease. En pleine émission télé.
Demi Moore ici semble considérer de long en large ce corps et cette nudité trop souvent perçue par le même regard - patriarcal, naturellement, tel qu'elle même l'aborde dans cette interview. D'autant plus qu'à l'instar de ce plan vertical, elle domine entièrement ce film, contaminé par son talent et sa présence.
Un conte moderne qui raconte l'étendue des pressions faites aux femmes, leur hyper sexualisation (les scènes d'aerobic, à la limite de la parodie, parlent d'elles mêmes), les rapports de pouvoir "monstrueux" au sein de l'industrie, et la manière dont la solidarité masculine met à mal l'espoir de la sororité... Bien sûr. Mais c'est avant tout un film sur Demi Moore.
Si transparent dans cette note d'intention que star s'y met en scène... En tenue d'Eve. Elle se dévoile d'ailleurs tout autant, mais métaphoriquement, dans une scène bien plus cruelle, bien que dépourvue de toute tonalité horrifique : moment si marquant lui aussi qu'on lui a dédié un article entier.